Un scrutin marqué par l’exclusion du PAIGC, des tensions militaires et un risque élevé de crise post-électorale
La Guinée-Bissau vit ce dimanche 23 novembre 2025 une journée électorale à très haut risque politique. Plus de 966 000 électeurs sont appelés à élire à la fois le président de la République et les 102 députés de l’Assemblée nationale populaire, dans un contexte institutionnel explosif, marqué par l’exclusion de l’opposition historique, des tensions militaires et une méfiance généralisée envers le processus électoral.
Pour la première fois depuis l’indépendance, le PAIGC – parti fondateur de la nation et principale formation d’opposition – ne participe pas à l’élection. La candidature de son leader, Domingos Simões Pereira, a été rejetée par la Cour suprême, qui affirme que les documents ont été déposés hors délai. Plusieurs organisations civiles ouest-africaines, dont le WACSI, ont qualifié cette décision de coup dur pour la démocratie, évoquant une crise institutionnelle profonde et un processus électoral déséquilibré.
Cette exclusion redessine totalement le paysage politique et semble offrir un avantage au président sortant Umaro Sissoco Embaló, candidat à un second mandat. Parmi les 11 candidats en lice, les observateurs identifient Embaló et Fernando Dias da Costa comme les favoris. Si aucun candidat ne dépasse la majorité absolue, un second tour devra être organisé dans les deux semaines.
Dans un pays habitué aux coups d’État et aux ingérences politico-militaires, les signaux d’alerte se multiplient. Plusieurs officiers ont récemment été arrêtés pour une présumée tentative de coup d’État, tandis que les tensions entre institutions s’intensifient. Le désaccord persistant entre le pouvoir et l’opposition sur le calendrier électoral et la fin du mandat présidentiel, ainsi que la nomination en août d’un nouveau Premier ministre, Braima Camará, participent à alimenter un climat de défiance.
Avec 3 728 bureaux de vote ouverts à travers le pays, la participation des électeurs sera déterminante. Beaucoup redoutent que les frustrations accumulées — exclusion de l’opposition, tensions militaires, crise institutionnelle — ne se transforment en manifestations ou en violences après la proclamation des résultats.
Le scrutin du 23 novembre représente un test crucial pour la stabilité politique de la Guinée-Bissau. Dans un pays où la démocratie reste fragile, les résultats à venir diront si les institutions parviennent à contenir les tensions et à éviter une nouvelle crise majeure.