Crise institutionnelle majeure sur la Grande Île : le chef de l’État, réfugié dans un lieu tenu secret, affirme rester « au service de la Nation » tandis que les députés votent massivement sa destitution.
La crise politique s’intensifie à Madagascar, où l’Assemblée nationale a voté, ce mardi 14 octobre, la destitution du président Andry Rajoelina. Sur les 161 députés que compte la Chambre basse, 130 ont voté en faveur de la motion, marquant une rupture inédite entre le chef de l’État et la majorité parlementaire.
Quelques heures avant ce vote, le président Rajoelina avait lui-même annoncé la dissolution de l’Assemblée nationale par décret présidentiel, espérant couper court à une initiative parlementaire visant à le renverser. Ce geste spectaculaire a, au contraire, accéléré le bras de fer institutionnel, plongeant le pays dans une crise constitutionnelle sans précédent depuis la transition de 2009.
La décision du président de dissoudre le Parlement est intervenue alors que plusieurs députés collectaient des signatures pour convoquer une session extraordinaire destinée à examiner une motion de destitution. Face à ce qu’il a qualifié de « manœuvre politique », Rajoelina a justifié sa décision comme une mesure de « sauvegarde de la stabilité nationale ».
Mais en riposte, les élus ont maintenu leur position et procédé, en séance plénière, au vote de sa destitution, arguant que le chef de l’État avait violé la Constitution en dissolvant illégalement une Assemblée encore en exercice.
Selon plusieurs sources, Andry Rajoelina aurait quitté Antananarivo samedi dernier. Son hélicoptère aurait d’abord rejoint l’île Sainte-Marie, avant qu’un avion militaire français ne décolle vers La Réunion. Une information que Paris n’a ni confirmée ni démentie, le président Emmanuel Macron appelant simplement à « préserver l’ordre constitutionnel et la continuité institutionnelle ».
Dans un discours télévisé diffusé depuis un lieu tenu secret, le président malgache a déclaré rester « au service de la Nation », affirmant s’être déplacé « pour des raisons de sécurité face à des menaces d’attentat ».
« Je ne fuirai pas mes responsabilités. Je reste engagé à diriger ce pays conformément à la Constitution », a-t-il martelé, appelant les Malgaches à « rester unis » et à « ne pas céder aux manipulations ».
Pendant ce temps, le pouvoir se reconfigure dans la capitale. Le Sénat a destitué son président Richard Ravalomanana, remplacé par le doyen Jean-André Ndremanjary.
La gendarmerie nationale a également un nouveau commandant, le général Nonos Mbina Mamelison, nommé par des officiers ralliés au mouvement parlementaire.
Avant son départ, Andry Rajoelina avait signé une grâce présidentielle en faveur de huit personnalités, dont plusieurs accusées dans l’affaire Apollo 21 pour atteinte à la sûreté de l’État, ainsi que deux journalistes.
Avec un président contesté, un Parlement dissous, et une armée divisée, Madagascar traverse une crise institutionnelle d’une ampleur inédite. La communauté internationale, notamment l’Union africaine et la SADC, suit la situation de près, craignant un glissement vers l’instabilité.
Le Conseil constitutionnel, encore silencieux à ce stade, pourrait être appelé à arbitrer cette confrontation qui met à l’épreuve la solidité des institutions malgaches.