Le président mauritanien réélu Mohamed Ould Cheikh Ghazouani lors de sa cérémonie d’investiture, à Nouakchott, le 1er août 2024. © Med Lemine Rajel / AFP
Lors de sa déclaration de candidature à l’élection présidentielle du 29 juin 2024, le président sortant Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani s’était engagé à consacrer son second mandat « à la jeunesse et à le conduire avec elle ». Un an après sa réélection, la question demeure : qu’en est-il réellement ?
Un premier mandat marqué par l’exode des jeunes
Parmi les faits marquants de son premier quinquennat (2019 - 2024), l’exode massif des jeunes Mauritaniens vers l’étranger a profondément choqué l’opinion. Entre 2022 et 2024, plus de 22 000 jeunes ont quitté la Mauritanie, souvent dans des conditions précaires et périlleuses. Traversées de l’Amérique latine, routes maritimes mortelles vers l’Europe, le phénomène a touché toutes les catégories sociales. Hommes, femmes, adolescents, parfois accompagnés d’enfants.
Ce drame humain révèle les failles des politiques publiques en matière d’emploi, de formation et d’accompagnement des jeunes.
Terrain : déception palpable, attentes fortes
Ce jour, 1er août 2025, marque le premier anniversaire du second mandat du président Ghazouani. Pour évaluer l’impact de ses engagements, TRUST est allé à la rencontre de jeunes Mauritaniens.
À Nouakchott, Ousmane, taximan, reste amer : « Je n’ai jamais cru aux politiciens, encore moins à Ghazouani. Il n’a rien fait lors de son premier mandat, il ne fera rien pendant le second. »
Sa passagère, la quarantaine, enchaîne :« Nous souffrons toujours. Ce ne sont que des promesses, des discours, mais rien ne change dans notre quotidien. »
Sur le carrefour BMD, haut lieu de la capitale, les jeunes sont nombreux à partager le même scepticisme : « On n’attend plus rien. Dès que l’occasion se présente, on part. Ici, il n’y a pas d’avenir. »
Côté pouvoir : des initiatives en marche et un nouveau souffle promis
Pourtant, des proches du pouvoir affirment que « le changement est en cours », et que le second mandat sera le tournant pour la jeunesse.
Un cadre au ministère de la Jeunesse : « Le président a tenu parole. Regardez ce qui se passe depuis un an : l’autonomisation des jeunes est devenue une priorité nationale. Le CNAJ (Conférence nationale de l’autonomisation des jeunes) en est la preuve concrète. »
Samia Mint Taleb, membre du parti au pouvoir : « Ceux qui crient à l’inaction ne regardent pas l’ensemble du tableau. Des financements sont débloqués, des concours sont lancés, des jeunes sont formés dans toutes les régions (wilayas). Il faut juger à la fin, pas au début. »
Lancement du CNAJ : un signal fort
Le 16 juillet 2025, les autorités ont lancé officiellement la Conférence nationale de l’autonomisation des jeunes (CNAJ), pilotée par le ministre Mohamed Abdellahi Louly. Ce programme phare s’inscrit dans la vision du chef de l’État, qui a désigné son second mandat comme étant « celui de la jeunesse et pour la jeunesse ».
Organisée en trois phases, la CNAJ prévoit des activités dans les 63 moughataas du pays durant juillet et août, incluant des concours d’innovation, de culture, d’entrepreneuriat et de sport.
« Le but est de révéler les talents et de dynamiser les territoires à travers les jeunes. Nous voulons qu’ils deviennent les moteurs de l’économie locale », explique un responsable du programme.
Un grand rendez-vous national est prévu en septembre, au cours duquel les jeunes échangeront directement avec le président de la République.
Conclusion : prudence sur le terrain, optimisme du gouvernement
Si les indicateurs macroéconomiques (taux de chômage des jeunes à 23,22 % en 2024 contre 23,48 % en 2023) restent en demi-teinte, les acteurs gouvernementaux affirment que les bases du changement sont posées.
La jeunesse, elle, observe, critique, espère ou se résigne. Les mois à venir seront décisifs pour réconcilier les paroles avec les actes.