Biram Dah Abeid, chez lui, à Nouakchott, le 5 mars 2024. © MICHELE CATTANI pour JA
Le Conseil des ministres a adopté, mercredi 25 décembre, un projet de loi sur les partis politiques, provoquant une vive controverse au sein de la classe politique et de la société civile. Présenté comme un moyen de renforcer les capacités des partis à élaborer des programmes et à encadrer les populations, ce texte contient plusieurs dispositions jugées restrictives, notamment la suspension temporaire des partis en cas de troubles à l’ordre public.
Un projet aux ambitions affichées
Selon le communiqué officiel, cette réforme vise à “favoriser l’émergence de partis politiques capables d’accomplir leurs missions de manière convenable”. Parmi les mesures phares, la possibilité de suspendre toute formation politique pendant 90 jours si elle est impliquée dans des menaces ou des troubles à l’ordre public.
Les conditions d’enregistrement des partis ont également été durcies, suscitant des interrogations sur l’impact de ces nouvelles exigences sur la diversité politique du pays.
Un « coup d’État juridique » selon Biram Dah Abeid
Le député et militant abolitionniste Biram Dah Abeid a vivement critiqué ce projet de loi lors d’une conférence de presse tenue ce jeudi 26 décembre à Nouakchott. Il a qualifié cette réforme de “coup d’État juridique”, affirmant qu’elle rend “impossible la création de partis indépendants en Mauritanie”.
Biram Dah Abeid a également dénoncé des manœuvres visant à limiter la concurrence politique :
• Des obstacles administratifs jugés arbitraires pour empêcher l’émergence de nouveaux partis.
• Des pressions exercées sur lui pour rompre son alliance avec Samba Thiam et reconnaître la légitimité du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani comme condition pour enregistrer son propre parti.
Des craintes pour la démocratie
Cette nouvelle législation suscite des inquiétudes parmi les défenseurs des droits politiques et les acteurs de l’opposition. Pour de nombreux observateurs, elle pourrait restreindre davantage l’espace politique en Mauritanie, où les partis indépendants et d’opposition peinent déjà à s’imposer face à un pouvoir centralisé.
Si le gouvernement défend ce texte comme un moyen de renforcer la stabilité et la qualité du paysage politique, ses détracteurs y voient une tentative de verrouillage du système au profit du régime en place.
Un climat politique tendu
Cette controverse intervient dans un contexte où la liberté d’expression et l’inclusion politique restent des enjeux cruciaux en Mauritanie. Les critiques de Biram Dah Abeid pourraient mobiliser une partie de l’opinion publique et galvaniser l’opposition, augmentant les tensions dans un paysage politique déjà polarisé.
Le projet de loi sera prochainement soumis au Parlement, où il pourrait faire l’objet de débats houleux. En attendant, les regards restent tournés vers Nouakchott, où l’avenir de la démocratie mauritanienne se joue peut-être à travers ce texte controversé.
La Rédaction