Le président sortant, Mohamed Ould Ghazouani, prononçant son discours devant ses partisans au stade Cheikha Boïdiya à l’occasion du lancement de sa campagne électorale. Nouakchott 14/06/2024 ©️Photo/Cheviebaba
Flambée des prix, une morosité économique ambiante, l’insécurité, pénurie récurrente d’eau, la précarité de l’emploi, exode massif des jeunes vers les États-Unis, etc. Voilà les difficultés auxquelles sont confrontés les mauritaniens durant le premier mandat du président Mohamed Ould Cheikh El-Ghazouani.
Jadis, un très bon militaire, mais un président de la République très décrié. Le bilan du premier mandat de l’actuel locataire du Palais d’ocre est jugé « médiocre ». Les mauritaniens ont incessamment exprimé leur mécontentement envers Mohamed Ould Ghazouani tout au long de son premier mandat présidentiel.
“Le mécontentement du peuple et le départ des jeunes peuvent être dus à plusieurs facteurs, notamment : le manque d'opportunités d'emploi et de perspectives pour les jeunes […] Les problèmes sociaux, les inégalités persistantes et les défis liés à la gouvernance, à la corruption, à l'inefficacité des institutions.”, explique M. Abdoulaziz DEME, maire adjoint à la jeunesse, Deville-lès-Rouen, France et observateur politique franco-mauritanien.
Un manque de perspective dans leur pays, plus de 15 263 jeunes migrants mauritaniens se sont envolés l’année dernière vers les États-Unis via l’Amérique latine et l’exode se poursuit. ”Les attentes non satisfaites en termes de réformes économiques et sociales. La perception d'un manque d'écoute et de prise en compte des besoins réels de la population peut contribuer à alimenter le mécontentement et à pousser les jeunes à chercher des opportunités ailleurs.”, a déclaré M. Déme.
M. Déme, estime qu’une analyse approfondie de ces problématiques peut aider à mieux comprendre les raisons de la frustration liées aux départs massifs des jeunes mauritaniens vers les États-Unis, déplorant “une grande perte pour la Mauritanie”.
Face aux nombres des difficultés persistantes, le président Ghazouani cherche à convaincre les jeunes du pays. Dans sa lettre de déclaration de candidature pour la prochaine élection présidentielle, Mohamed Ould Ghazouani a déclaré que son « prochain mandat, avec la grâce d'ALLAH, sera dédié à la jeunesse et conduit avec elle. »
Dans son équipe de campagne, le président sortant a nommé l’actuel président de la fédération mauritanienne de football, M. Ahmed Yahya comme Directeur de campagne pour les Jeunes. À travers lui, Ghazouani veut obtenir l’électorat des jeunes et surtout convaincre les indécis parmi eux, nombreux sont ceux qui ont encore besoin d'être convaincus.
Un premier mandat médiocre, selon l’opposition
Sept candidats ont été officiellement retenus par le Conseil constitutionnel pour le scrutin présidentiel du 29 juin prochain. Parmi eux, le militant ant-esclavagiste Biram Dah Abeid, arrivé second lors de la dernière présidentielle et candidat pour la troisième fois. Il affirme que le premier mandat de Ghazouani est le plus “pire” que la Mauritanie ait connu. « La pire période que la Mauritanie ait connue en matière de corruption, d'injustice et de mépris du citoyen était celle du président Mohamed Ould Cheikh El-Ghazouani. », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.
Le député Khally Mamadou Diallo, estime qu’au regard des difficultés actuelles que vivent les Mauritaniens, il n’y a aucune chance que Ghazouani soit reconduit pour un second mandat si le scrutin se déroule en toute transparence, soulignant le danger que représenterait un second mandat de Ghazouani à la tête du pays. « Un second mandat de Gazouani est un grand danger pour la stabilité de notre pays, car Ghazouani est la définition de l'échec. Nous devons tous faire barrage à cette catastrophe », a-t-il déclaré à la rédaction de TRUST.
L’ex-président fait part de son inquiétude !
L’ancien président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, dont la candidature a été rejetée par le Conseil constitutionnel, a dans une lettre ouverte écrite à Ghazouani exprimé son « inquiétude grandissante sur la situation du pays ». Ould Abdel Aziz, qui n'est peut-être pas le candidat idéal pour les Mauritaniens, a néanmoins exprimé sa vision actuelle sur la gestion du pays par son prédécesseur.
« Monsieur le Président ! Je m’autorise à vous écrire aujourd’hui, prenant à témoin notre cher PEUPLE, parce que mon inquiétude est grandissante quant à la situation du pays. Le cheminement qu’il prend me semble le conduire vers un précipice. Un précipice d’autant plus dangereux qu’il est provoqué par une gestion désastreuse et primitive de l’État qui érige le tribalisme, le clanisme, ravivant par là même le sectarisme et le communautarisme. », a écrit l'ancien Président Mohamed Ould Abdel Aziz dans une lettre ouverte le 24 mai dernier.
“De même, l’accroissement de la corruption, de la gabegie et du laisser aller ainsi que le manque d’autorité à la limite de l’absence de souveraineté. Aussi l’empiètement des « instructions, ordres » sur un fonctionnement régulier de l’État que prône le respect de la CONSTITUTION et des LOIS de la RÉPUBLIQUE. L’usage excessif et impudent des moyens et des forces de l’État à des fins partisanes.", poursuit l’ancien président.
Ould Abdel Aziz a rappelé à son ex-ami de 40 ans qu'il n’est pas encore tard pour sauver le pays de la situation qu’il traverse et faire de la Mauritanie un pays dont le processus démocratique est durable et qui renforce ses institutions par une élection libre et transparente et qui rassure.
Élu en 2019 dès le premier tour avec 51,01 %, Mohamed Ould Ghazouani est en course pour sa propre succession aux côtés de six autres candidats pour le scrutin présidentiel du 29 juin prochain.
La Rédaction