Des universitaires, chercheurs, élus, journalistes, militants des droits humains et acteurs de la société civile ont lancé un appel urgent dénonçant une escalade des violations des droits civiques et politiques en Mauritanie, visant particulièrement les militants Haratines et les défenseurs des droits humains. Ils appellent à des réformes profondes et à la libération des détenus arrêtés dans le cadre d’activités pacifiques.
Un collectif composé de plus de 150 signataires issus de divers horizons — universitaires, élus, intellectuels, journalistes, féministes, cadres et activistes des droits humains — exprime sa “profonde inquiétude” face à ce qu’il qualifie de recul des libertés publiques et de durcissement du climat politique en Mauritanie.
Selon les signataires, les récents événements ne seraient plus des “cas isolés”, mais les symptômes d’une tendance structurelle marquée par la répression, l’exclusion et la reproduction de hiérarchies sociales historiques.
Arrestations et restrictions de l’espace civique dénoncées
Le collectif cite notamment l’arrestation de plusieurs personnalités politiques et militants, parmi lesquels les députées Mariem Mint Cheikh et Gamou Mint Achour, estimant qu’il s’agirait d’une “violation des garanties parlementaires et de l’immunité législative”.
Dans leur déclaration, ils dénoncent également l’arrestation de militants et journalistes, dont Abdallahi Abou Diop, Elhadj ould El Id, la journaliste Warda Souleimane, Bounass ould Hmeida, Mohamed Fadel ould Eliat, Lalla Fatima, Errachida mint Seleck, ainsi que leur avocat Abderrahmane ould Zerrough.
Ces interpellations font suite à des manifestations liées à l’affaire de la mineure Nouha (11 ans). Les signataires affirment que ces militants “exigeaient simplement justice et transparence”.
« Ces arrestations marquent un recul dangereux pour les garanties d’un procès équitable, la liberté d’expression et le droit de manifester pacifiquement », souligne l’appel.
Un contexte historique jugé préoccupant
Le collectif relie cette situation à un contexte historique marqué, selon lui, par des discriminations persistantes à l’encontre des communautés noires et Haratines en Mauritanie, évoquant même les tensions et violences de 1989.
Les signataires dénoncent également la montée de discours haineux sur les réseaux sociaux et certains médias : « La déshumanisation des Haratines et des populations noires, parfois assimilées à des biens ou objets, constitue une dérive grave menaçant la cohésion sociale », avertissent-ils.
Ils appellent à un “sursaut de conscience nationale” face à ce qu’ils qualifient de banalisation du racisme.
Rejet de la “tutelle identitaire” et revendication d’égalité
Le texte rejette fermement toute tentative de “tutelle” sur l’identité Haratine ou de réduction de cette communauté à un rôle subordonné.
« Les Haratines sont une composante authentique et historique du pays, et non un groupe exogène ou secondaire », affirment les signataires.
Ils dénoncent également toute tentative de parler en leur nom sans consultation directe de leurs représentants.
Accusations d’exclusion institutionnelle
L’appel met en cause des pratiques de marginalisation administrative visant des cadres Haratines, notamment à travers des limogeages ou sanctions professionnelles.
Parmi les cas cités :
- Le limogeage d’El Kori Ould Sneibe (2021) après une activité médiatique liée à “SOS Esclaves”
- La révocation de Hammadi Ould Lehbous (2025), ancien responsable de communication du mouvement IRA
- L’exclusion d’Ahmed Salman Chahrour par un syndicat médical en 2026
Selon les signataires, ces cas illustreraient “un déséquilibre structurel dans l’accès aux responsabilités publiques”.
Appel à des réformes et au dialogue national
Le collectif critique également certaines lois jugées restrictives, notamment la “Loi sur la protection des symboles de l’État”, accusée de limiter la liberté d’expression.
Ils appellent les autorités mauritaniennes — Présidence, Gouvernement, ministères de l’Intérieur et de la Justice — à assumer leurs responsabilités en matière de droits humains.
Principales revendications
Les signataires demandent notamment :
- La libération immédiate des détenus liés à des activités pacifiques
- Le respect de l’immunité parlementaire
- L’abrogation des lois liberticides
- Des enquêtes sur les discours de haine et de racisme
- La fin des pratiques d’exclusion administrative
- L’ouverture d’un dialogue national inclusif sur la justice et l’égalité
Conclusion
Pour les signataires, la question Haratine dépasse le cadre communautaire.
« Il s’agit d’un combat historique pour la dignité, l’égalité et l’État de droit », conclut l’appel.
Ils affirment que cette lutte vise à construire une Mauritanie fondée sur la citoyenneté pleine, la justice sociale et l’égalité entre tous les citoyens.